Violence politique au Brésil : un nouveau meurtre survient à deux jours du second tour

Un ancien élu du parti de Lula a été tué hier, à deux jours du second tour de la présidentielle au Brésil.

Hier, le Brésil était en proie à l’animosité. Lula et Jair Bolsonaro se sont affrontés lors d’un dernier débat télévisé. Une sorte de choc des titans, où les deux candidats à la présidentielle se sont rendus coup pour coup. L’un comme l’autre, les deux hommes politiques se sont traités de menteurs au moins vingt fois sur TV Globo, la chaîne la plus regardée du pays.

Un débat à l’image d’une violence politique qui s’insinue dans le pays en cette période électorale. Dernier fait en date : le meurtre de Zezinho, 51 ans, un ancien conseiller municipal du parti de Lula, le parti des travailleurs (PT). Il a été abattu ce vendredi 28 octobre, à Jandira, une municipalité de la région métropolitaine de Sao Paulo, au Brésil, pour des raisons qui reste encore à déterminer, ont annoncé des membres du parti.

Le secrétariat à la sécurité de Sao Paulo a confirmé à l’Agence France-Presse qu’« un homme a été tué par balle vendredi après-midi », et que des agents enquêtent sur les faits, sans donner davantage de détails.

« Une vengeance politique » 

Ce meurtre survient deux jours avant le second tour de l’élection présidentielle, extrêmement polarisée, qui oppose l’ex-président de gauche Lula, favori des sondages, à l’actuel chef de l’Etat d’extrême droite, Jair Bolsonaro.

En effet, Lula, 77 ans, a légèrement augmenté (de quatre à six points) son avance dans le dernier sondage de l’institut de référence Datafolha, publié jeudi, avec 53% des intentions de vote exprimées, contre 47% pour le président d’extrême-droite.

La tragique nouvelle n’a pas laissé indifférente la classe politique brésilienne. Jilmar Tatto, débuté élu du PT à Sao Paulo a par exemple houleusement réagi.

«J’apprends avec beaucoup de tristesse et d’inquiétude la nouvelle du meurtre du camarade Zezinho», a déclaré l’élu sur Twitter.

Selon le site d’information G1, le « soupçon initial » de la police porte sur une « vengeance politique », à la suite d’allégations que Zezinho avait soulevées sur un système de corruption présumé dans le bureau du maire de Jandira.

Jilmar Tatto a déclaré au journal O Globo que « tout indique qu’il s’agit de l’action d’un pro-Bolsonaro dans le climat d’intolérance qui règne dans le pays ».

De nombreux épisodes de violence politique

Le Brésil a enregistré près de deux épisodes de violence politique par jour au cours des deux mois précédant le premier tour, selon un rapport des ONG Justiça Global et Terra de direitos. Entre le 1er août et le 2 octobre, cent vingt et un cas ont été enregistrés au total, dont des meurtres, des attentats, des menaces ou des agressions physiques ou verbales.

Le rapport, élaboré par les ONG Justiça Global et Terra de direitos, prend en compte les violences contre des élus, des candidats ou d’autres personnes exerçant des fonctions liées à la politique.

Par ailleurs, depuis le début 2022, le nombre d’épisodes violents a été multiplié par cinq par rapport à 2018, année de la précédente présidentielle.

« Nous avons constaté davantage d’attaques visant des partis de gauche ou centre gauche, ou des élus engagés dans la défense des droits humains, de la communauté LGBTQIA+ ou dans la lutte antiraciste », explique Glaucia Marinho, de l’ONG Justiça Global, citée dans un communiqué.

Lors de cette campagne sous haute tension, les deux candidats portent des gilets pare-balle pour leurs apparitions publiques. Les Brésiliens ont tous encore en tête la tentative d’attentat à l’arme blanche à l’encontre de la personne de Jair Bolsonaro, il y a quatre ans, lors d’un bain de foule en pleine campagne électorale, à moins d’un mois du premier tour de la présidentielle.

Cette année, plusieurs meurtres ont été perpétrés lors de disputes entre individus aux opinions politiques divergentes. En juillet, un bolsonariste a tué par balles le trésorier d’une section locale du PT dans le Parana (sud) qui organisait une fête d’anniversaire avec des décorations sur le thème de Lula. Il y a un mois, une autre « querelle à teneur politique » s’est soldée par le meurtre d’un autre sympathisant de gauche à coups de hache, dans le Mato Grosso (centre-ouest). Le 4 octobre, deux jours après le premier tour, un électricien qui avait voté Lula a tué son colocataire bolsonariste à coups de couteau, près de Sao Paulo (sud-est).

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Source: cerfia.fr