Uber Files : le lien entre Emmanuel Macron et le lobbying aggressif d’Uber

Le nom d’Emmanuel Macron est apparu, ce dimanche 10 juillet, dans une affaire concernant le lobbying agressif et aux frontières de l’illégal de la firme Uber entre 2013 et 2017.

Après une longue enquête sur le développement massif de la firme Uber dans le monde, The Guardian a obtenu et partagé avec le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) pas loin de 124.000 documents, datés de 2013 à 2017, comprenant des e-mails et messages des dirigeants d’Uber à l’époque, ainsi que des présentations, notes et factures. Ce sont ce qu’on appelle désormais les « Uber Files ».

Plusieurs articles ont résulté de ces « Uber Files » dénonçant son attitude et le lobbying agressifs de l’entreprise américaine, ainsi que des alliances avec notamment le président français Emmanuel Macron – alors ministre de l’Economie.

Des pratiques à la limite de la légalité

De 2014 à 2015, l’entreprise de VTC, dans le viseur des syndicats de taxis et du gouvernement, propose un système illégal : UberPop. Celui-ci permet à n’importe quel particulier de s’improviser chauffeur VTC.

Alors la cible de nombreux arrêtés préfectoraux, enquêtes, plaintes et perquisitions ; Uber met les bouchées doubles et lance UberPop dans 9 grandes villes françaises entre 2014 et 2015.

Les dirigeants diffusent en interne un manuel sur les comportements à suivre en cas de perquisition et encouragent les chauffeurs à manifester à Paris. « Je pense que ça vaut le coup. La violence garantit le succès », affirme le cofondateur d’Uber Travis Kalanick. Selon The Guardian, Uber a usé de stratégies similaires dans différents pays européens (Belgique, Pays-Bas, Espagne, Italie, etc.), incitant les chauffeurs à se plaindre à la police quand ils étaient victimes agressions, afin d’utiliser la couverture médiatique pour obtenir des concessions du gouvernement.

Entre novembre 2014 et décembre 2015, Uber a eu recours 13 fois au « Kill Switch » dans 7 pays, dont la France. C’est un programme informatique qui permet, lorsqu’une perquisition a lieu, de bloquer tous les ordinateurs de l’entreprise à distance ; et ainsi d’empêcher à la justice d’accéder à des documents compromettants.

Un « Pacte Secret » avec Emmanuel Macron ?

L’actuel Président de la République, alors ministre de l’économie, se pose alors comme un partenaire de la firme états-unienne, plaidant sa cause au sein du gouvernement. Ce comportement détonne alors avec les positions de l’Etat en guerre contre Uber.
Dans les deux années qui suivent son entrée au gouvernement, Emmanuel Macron ou les membres de son cabinet ont rencontré officiellement les dirigeants d’Uber 14 fois ; le ministre échangera personnellement des dizaines de SMS avec des responsables de la firme de VTC. Le 6 juillet 2015, en pleine perquisition aux locaux parisiens de l’entreprise, Mark MacGann, responsable du lobbying en Europe, écrit directement à Emmanuel Macron ; ce dernier n’aurait tout de même pas répondu au message.
Cette proximité avec le ministre de l’économie se révèlera extrêmement utile pour l’entreprise californienne concernant le sujet UberPop. D’après le quotidien Le Monde, « plus qu’un soutien, Emmanuel Macron a été quasiment un partenaire ». L’Etat veut absolument mettre un terme à ce service ; lors d’une rencontre entre Bernard Cazeneuve et Mark MacGann le 30 juin 2015, l’ancien Premier Ministre déclare qu’« UberPop doit s’arrêter tout de suite ! » aucune discussion n’est possible avec un interlocuteur qui ne respecte par le droit français. Dans le même temps, Uber propose à Emmanuel Macron un deal : la suppression d’UberPop contre une annonce publique d’un décret qui annonce la facilitation d’accès à l’activité de VTC. Le 3 juillet, la suspension d’UberPop est annoncée et Emmanuel Macron envoie à Travis Kalanick un SMS :
« Nous avons eu une réunion hier avec le Premier ministre. Cazeneuve fera taire les taxis et je réunirai tout le monde la semaine prochaine pour préparer la reforme et corriger la loi. Cazeneuve a accepté l’accord… »
En janvier 2016, la loi dite Macron 2 aurait été alors conçue en partie pour la firme américaine. Certains décrets ont été spécialement conçus pour l’entreprise, le plus probant est l’abaissement des 250 heures de formation requises pour devenir chauffeur à 7h.

Les réactions de la classe politique

L’Elysée et la majorité présidentielle défendent le Président de la République en affirmant qu’il était dans son rôle et que l’on ne peut reprocher au ministre de l’économie de recevoir des chefs d’entreprises.
L’opposition, elle, s’offusque de cette affaire. Emmanuel Macron est accusé d’être un « lobbyiste pour multinationale états-unienne visant à déréguler durablement le droit du travail » participant au « pillage du pays », ou de préférer « servir ses intérêts privés. » Alexis Corbière, député La France Insoumise, évoque la création d’une commission d’enquête à l’Assemblée nationale.

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Source: cerfia.fr