Scandale Uber : tentative d’enlèvement par un chauffeur

La tentative d’enlèvement d’une jeune femme par un chauffeur uber, révélée par la célèbre instragrammeuse Nina Scaly, suscite un déferlement de réactions et une libération de la parole des femmes.

« Je vous présente Boubacar, qui a essayé d’enlever ma belle-soeur hier soir. Gardez les yeux ouverts. CC uber ça dit quoi ? » publie en légende Instagram jeudi 13 octobre l’influençeuse franco-iranienne Nina Scaly.

En haut de cette légende qui fait froid dans le dos, deux images : une première qui fait office de témoignage, relatant avec précision les détails de la tentative d’enlèvement par le chauffeur et une seconde, qui dévoile le profil de ce « prédateur » qui répond au nom de Boubacar, un homme d’âge mûr, en chemise-cravate qui esquisse un sourire terrifiant.

Des sueurs froides

Mercredi 12 octobre, L. jeune femme de 24 ans appelle un Uber pour rentrer chez elle. Il fait nuit, elle préfère se sentir en sécurité.

Après 5 minutes de trajet, le chauffeur annule la course alors qu’elle est dans la voiture. Il met une musique « romantique ». Et il prend un trajet qui va à l’opposé de chez elle. Elle demande ce qu’il se passe. Il répond « Aie confiance, ca va bien se passer ». Elle lui demande de s’arrêter. Il refuse. Elle lui demande de la laisser sortir. Il refuse.

L. voit son innocence défiler devant ses yeux. L’homme est grand, beaucoup plus grand qu’elle. Il la reluque. Où l’emmène-t-il ? Elle prend son courage à deux mains, ouvre la porte alors que le véhicule est en marche, et saute. Elle réussit à s’enfuir. Jamais elle n’aura couru aussi vite.

Elle a alerté uber, qui n’a rien fait. Le chauffeur continue d’exercer actuellement.

« Que faut-il faire pour être entendu ? » 

A l’image du phénomène Meetoo, l’idée est de permettre aux victimes de violences sexuelles de parler et de se faire entendre. Tout comme le hashtag SciencesPorcs qui est parti d’un témoignage ponctuel, à partir duquel la parole s’est progressivement libérée; le scandale ne réside pas tant dans l’agression ou la tentative d’agression, qui est, malheureusement, un phénomène qui peut se produire partout, mais dans l’inaction des institutions ou des plateformes d’encadrement.

Lorsque la belle-soeur de Nina Scaly est sortie de la voiture Uber, elle a immédiatement signalé Boubacar et ce à plusieurs reprises. Uber n’a au départ pas réagi, jusqu’à envoyer à la victime un message « vomitif » selon l’influenceuse, lui disant qu’elle allait être remboursée et qu’elle n’aurait plus jamais affaire à lui.

A la suite de la publication de Nina Scaly sur l’inaction d’Uber, la plateforme de taxis a envoyé un message sur Insta à l’influenceuse pour lui demander de quel chauffeur il s’agissait, une preuve selon la jeune femme que la plateforme a affaire à une multiplication de la signalisation de ses chauffeurs. L’entreprise s’est finalement décidé à appeler la belle-soeur de Nina. « Ils ont changé de ton » explique cette dernière, « ils sont devenus un peu plus concernés ». Ils lui dit qu’ils allaient suspendre le chauffeur et lui envoyer des contacts d’association pour accompagner les victimes de violences sexuelles.

« C’est bien » concède l’influenceuse, avec qui Cerfia a pu échanger, mais « j’ai reçu des témoignages de dizaines de femmes qui s’étaient déjà faites agressées » par Boubacar et « Uber n’avait rien fait à l’époque ».

Ce qui est en cause ici, c’est le contrôle des entreprises numériques sur leurs employés au statut relativement indépendant. Comment un chauffeur uber multirécidiviste peut-il encore avoir un profil sur l’application ? De plus, Boubacar a été identifié sur d’autres plateformes de taxis notamment Heech le lendemain de l’agression médiatisée. Hier soir, le « prédateur » a été  retrouvé sur Bolt. « On attend toujours le retour de Bolt » nous informe l’influenceuse qui s’inquiète que le chauffeur « tourne toujours ».

« Les réseaux c’est puissant »

Au départ, la belle-soeur de l’instagrammeuse n’était pas dans l’optique de porter plainte. Mais à la suite du soutien qu’elle a reçu de la part des internautes qui ont partagé leur propre expérience d’agression et invectivé la plateforme de taxis, elle a décidé aujourd’hui, samedi 15 octobre, qu’elle irait voir la police pour arrêter Boubacar qui effectue actuellement encore des courses. « Ça lui a donné confiance » explique Nina Scaly, avant d’ajouter « les réseaux, c’est puissant ». 

Et en effet, les réseaux sociaux constituent une caisse de résonance exceptionnelle pour tous types de causes, y compris celle des violences faites aux femmes. L’instagrammeuse se voit comme un centre d’ « accueil » des témoignages qu’elle a reçu par centaines.

« J’ai été séquestrée par ce même chauffeur mais dans un faux taxi ! » relaie-t-elle sur son mur Insta. Une autre victime évoque les sous-entendus dégoûtants du chauffeur « on peut s’arranger pour le paiement » lui aurait-il dit. Certains témoignages laissent tous simplement bouche-bée : « Ce Uber qui prenait les pieds de ma copine en photo devant nous avec le zizi en dehors de la braguette … ».

« J’ai même plus les mots » écrit Nina Scaly.

Grâce au déferlement de témoignages face auxquels l’influençeuse, bien que très motivée à défendre sa cause, se trouve « submergée », il apparait que l’agression n’est pas un fait isolé. Au fur et à mesure que Nina Scaly reçoit des DM insta, le champ de prédation s’agrandit : « Boubacar » est un récidiviste, il n’est pas le seul chauffeur Uber à s’être fait signalé pour cause d’agression ou de tentative d’agression, il n’y a pas uniquement la plateforme Uber qui est touché, Bolt et Heech sont également concernés.

Les agressions par les chauffeurs Uber ne visent d’ailleurs pas uniquement des femmes. Nina Scaly a fait le choix d’épingler également sur son mur Insta le témoignage d’un homme : « Je suis un homme, un chauffeur me fait faire 100 m, coup de poing, prend mon porte monnaie, pars ».

Actuellement, la jeune femme qui reçoit également beaucoup de messages haineux et d’insultes, essaie de recueillir un maximum d’histoires pour en faire une publication. Nina Scaly entend également préparer un post avec des ressources pour aider les femmes en situation de détresse. Il y a une heure, la jeune adepte des réseaux sociaux a publié une story sur Instagram consistant à faire un appel à témoin :

« Vous avez déjà subi un comportement inapproprié de la part d’un chauffeur Uber ? Vous avez tenté de signaler un chauffeur à Uber mais n’avez reçu aucune réponse ? Racontez-nous » en précisant d’envoyer un message au mail suivant si besoin : lfrancois@prismamedia.com

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Source: cerfia.fr