Peine de mort : abolition dans une « dictature totalitaire »

Lundi 19 septembre, la télévision d’Etat a annoncé l’abolition de la peine de mort en Guinée Équatoriale, petit Etat pétrolier du golfe de Guinée tenu d’une main de fer par Teodoro Obiang Nguema Mbasogo. 

Un évènement qualifié d’« historique pour (le) pays » par le journaliste qui, en clôture du journal télévisé, a annoncé la nouvelle, sur la chaîne d’Etat. Ce dernier citait une loi sur la peine de mort, promulguée par Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, le président de ce pays pétrolier d’Afrique centrale. 

Les condamnés à mort en Guinée équatoriale étaient habituellement exécutés par balles par des militaires. La dernière exécution officielle dans le pays remonte à 2014. Mais le régime est régulièrement accusé d’exactions par les ONG internationales. Amnesty International par exemple, dénonce régulièrement la répression politique et les nombreuses violations des droits de l’homme sous la présidence de M. Obiang, citant notamment une loi interdisant la torture approuvée en 2006, mais qui n’a pas jamais été appliquée. 

Une « dictature totalitaire » selon RSF

L’abolition de la peine de mort constitue une avancée de taille au sein d’un pays que Reporters sans frontières qualifie de « dictature totalitaire ». Après plus de quatre décennies à la tête du pays, Teodoro Obiang Nguema qui est actuellement le plus ancien président en exercice au monde dirige la République de la Guinée équatoriale d’une main de fer. Dans ce petit Etat pétrolier, présenté comme le « Koweit de l’Afrique », la presse est muselée par des lois qui rendent toute critique du président et de sa politique quasiment impossible. 

Le paysage médiatique se limite presque exclusivement aux médias d’État chargés de relayer ce que Reporters sans frontières appelle « la propagande du gouvernement ». L’unique chaîne de télévision privée du pays, ASONGA TV, est détenue par le fils du président, qui occupe le poste de vice-président du pays. La chaîne est soumise à une censure stricte. Ceux qui franchissent les lignes rouges sont arrêtés ou suspendus, comme ce fut le cas, en 2020, de sept journalistes accusés d’avoir relayé les violences commises par les militaires lors du confinement décrété pour lutter contre l’épidémie de coronavirus. 

Trois ans plus tôt, ordre avait été donné de retirer de la vente et de brûler les éditions d’un hebdomadaire gouvernemental qui rendait compte des pressions exercées sur les journalistes équato-guinéens. Les réseaux sociaux, seule alternative viable à la libre circulation de l’information, font depuis récemment l’objet d’une campagne de décrédibilisation sans répit du gouvernement.

Une avancée de taille

« Je l’écris en majuscules pour sceller ce moment unique : LA GUINÉE ÉQUATORIALE A ABOLI LA PEINE DE MORT », a tweeté ce lundi le vice-président Teodoro Nguema obiang Mangue, surnommé Teodorin. Fils du chef de l’Etat, omniprésent depuis deux ans sur la scène politique, il a diffusé des extraits d’un texte du nouveau code pénal équato-guinéen. 

Préalablement adoptée par le Parlement, où 99 des 100 députés siègent pour le compte du Parti démocratique de Guinée équatoriale (PDGE), la formation présidentielle, la disposition entrera en vigueur « dans les 90 jours suivant sa publication au bulletin officiel de l’Etat ».

« Au moins 483 exécutions » dans le monde en 2020

peine de mort

Une cinquantaine d’États continuent d’appliquer la peine capitale dans le monde, y compris les États-Unis qui restent pour la 12e année consécutive,  le seul pays de la région des Amériques à procéder à des exécutions. Ils se retrouvent au 6e rang du classement d’Amnesty international avec 17 exécutions en 2020, réparties entre États ou au niveau fédéral. En Afrique, plus de trente pays maintiennent la peine de mort dans leur législation, même si un peu moins de la moitié ont procédé à des exécutions ces dernières années.

Selon un rapport publié en 2021 par Amnesty International, au moins 483 exécutions par la peine de mort ont été recensées en 2020. Si le nombre d’exécutions a baissé durant l’épidémie de coronavirus, certains pays ont procédé à un nombre accru d’exécutions, comme par exemple en Égypte où elles ont plus que triplé. Dans le même temps, la crise sanitaire a eu des répercussions sur le droit à un procès équitable.

Amnesty International considère que les 483 exécutions qu’elle a dénombrées au niveau mondial ne reflètent qu’une partie de la réalité de la peine de mort dans le monde car le nombre d’exécutions en Chine reste inconnu car les données sont classées « secret d’État ».

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Source: cerfia.fr