L’industrie du porno, « l’enfer du décor » publie le Sénat

Pour la première fois, le Sénat a publié mercredi 28 septembre un rapport sur les dérives de l’industrie du porno en France afin d’alerter le gouvernement et l’opinion publique.

« Une industrie de la pornographie qui génère des violences systémiques envers les femmes« , c’est précisément ce que dénoncent quatre sénatrices, issues de la droite comme de la gauche, dans un rapport intitulé « Porno : l’enfer du décor« , dévoilé mardi 27 septembre et adopté par la délégation aux droits des femmes du Sénat. La lutte contre ces violences doit devenir une « priorité de politique publique et pénale« , plaident auprès du gouvernement les quatre autrices – Annick Billon (UDI), Alexandra Borchio Fontimp (LR), Laurence Cohen (PCF) et Laurence Rossignol (PS).

Depuis l’apparition, au milieu des années 2000, des grandes plateformes internet comme PornHub ou Xvideos, la diffusion du porno est devenue massive, ce qui a « contribué à la recrudescence de contenus de plus en plus ‘trash’ et violents, sans aucun contrôle ni considération pour les conditions dans lesquelles ces contenus sont produits« , dénoncent les autrices.

« Ce rapport n’est pas tant là pour sanctionner, mais pour protéger », Alexandra Borchio-Fontimp (sénatrice LR)

Après plus de six mois de travaux, des dizaines d’heures d’auditions (dont celle, à huis clos, de victimes de l’affaire dite «French Bukkake») et une analyse des principaux contenus pornographiques en ligne aujourd’hui, les quatre sénatrices préconisent le renforcement de la répression pénale contre les responsables de cette industrie, en favorisant l’émergence de plaintes des victimes et en imposant aux plateformes de supprimer gratuitement les vidéos lorsque les femmes en font la demande. 

Actuellement, lorsqu’une femme abusée demande la suppression d’une vidéo dans laquelle elle apparaît, les producteurs lui réclameraient entre 3 000 et 5 000 euros, « soit dix fois plus que la rémunération obtenue pour la scène tournée« , pointe le rapport.

Des conditions de travail indécentes rapportent les autrices qui réclament « des contrats de travail en bonne et due forme« , avec toutes les scènes écrites.

« La plupart du temps, il n’y a pas de contrat. On s’en est procuré certains : ça tient sur une page Word, avec l’heure du rendez-vous et la pseudo scène qui n’est absolument pas respectée. Le problème vient de là, rien n’est encadré », confie Alexandra Borchio-Fontimp à Francetv.

Les sénatrices formulent par ailleurs plusieurs propositions pour empêcher les mineurs d’accéder au porno sur Internet, une précaution qui s’impose en théorie aux diffuseurs mais qui, dans les faits, n’est pas appliquée.

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Plusieurs enquêtes en cours

Ce document intervient alors que le milieu français dit « amateur » est secoué depuis deux ans par plusieurs enquêtes judiciaires, l’une visant « Jacquie et Michel« , l’autre la plateforme « French Bukkake ». Trois acteurs et un réalisateur ont été placés en garde à vue mardi dans cette dernière enquête, pour traite d’êtres humains aggravée, viol en réunion ou proxénétisme aggravé.

Depuis l’été 2022, le site pornographique Jacquie et Michel est visé par plusieurs plaintes pour « viols » et « proxénétisme ». Le propriétaire de la plateforme, Michel Piron, a été mis en examen pour « complicité de viol » et « complicité de traite d’un être humain ». L’ensemble des victimes présumées ne s’attendaient pas, au premier abord, à travailler pour une plateforme pornographique. Elles auraient été approchées sur des sites de rencontre. Selon Le Parisien, ces femmes pensaient souvent « se rendre à de simples séances de photo de lingerie. »

« Ces procédures judiciaires révèlent au grand jour la barbarie, la violence, la haine sexiste et raciste de l’industrie pornographique française« , a commenté dans un communiqué un collectif d’associations féministes, qui a salué le « rapport fondamental » du Sénat.

Grégory Dorcel demande de faire « attention aux amalgames »

Pour Grégory Dorcel, patron du géant du porno du même nom, la nécessaire défense des victimes ne doit pas conduire à une « généralisation abusive » ou à une « caricature ».

« Les victimes doivent être crues et entendues, et la justice doit faire son travail. Mais attention aux amalgames entre des criminels, qui doivent être poursuivis, et l’industrie porno dans son ensemble », a dit à l’AFP Grégory Dorcel, qui met en garde contre les positions « abolitionnistes » et suggère de réfléchir à la création du métier « d’agent » pour les acteurs du X.

« Tout le monde doit travailler ensemble pour faire avancer les choses« , par exemple via l’instauration de chartes déontologiques ou de dispositifs pour faciliter le signalement des violences, soutient ce responsable.

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Source: cerfia.fr