Le réseau social Tiktok est-il toxique ?

Ce mercredi, la société américaine NewsGuard spécialisée dans l’évaluation de la fiabilité de l’information en ligne a publié une étude alertant une nouvelle fois contre les dangers des nouvelles applications très populaires auprès des jeunes comme le réseau social TikTok.

Il y a encore quelques mois, si on faisait défiler son fil d’actualité TikTok, on pouvait tomber sur la vidéo d’une jeune femme qui révélait sa recette pour « un remède qui peut tout guérir », y compris le COVID. Elle présentait l’hydroxychloroquine comme un traitement efficace contre le virus, une information complètement invalidée par la communauté scientifique. Dans sa nouvelle étude publiée ce mercredi, l’organisation NewsGuard a déterminé que 20% des vidéos obtenues dans la barre de recherche du réseau social contenaient des informations fausses ou trompeuses.

La plateforme de vidéos constitue d’autant plus un danger qu’elle est la plus populaire au monde, avant Google, d’après Cloudflare. En septembre 2021, TikTok déclarait avoir 1 milliard d’utilisateurs actifs mensuels, dont 60% font partie de la Génération Z, selon les données de l’agence publicitaire Wallaroo Media. Le problème, selon Chine Labbé, rédactrice en chef et vice-présidente Europe et Canada de NewGuard, c’est que toutes les vidéos qu’il s’agisse d’informations fiables ou de fausses informations « sont mises sur le même plan. Il est difficile pour l’utilisateur de hiérarchiser ». 

Dans son étude, NewsGuard dévoile les techniques de contournement de la modération de TikTok. Des stratégies communes, relativement simples. Comme celle du « leet speak », le langage de l’élite, qui consiste à  mal orthographier un terme en utilisant des caractères spéciaux afin de ne pas être détecté. Si on tape « natural abortion » (avortement naturel) dans la barre de recherche, on n’obtient aucun résultat. Par contre, si on tape « natural abOrtion », des centaines de résultats apparaissent.

Il y a aussi la stratégie de l’enfouissement, qui consiste à insérer de fausses informations au milieu d’un texte sans aucun rapport. Si on tape « se faire percer le nez » sur la barre de recherche, on peut tomber sur une vidéo qui commence par « Je veux trop me faire percer le nez », et qui finit par « Quelqu’un sait où je peux m’en faire un ? ». Entre les deux,  la vidéo déclare : « la tisane d’armoise et la vitamine c aident pour les av0rtements naturels, pr info. »

Ce n’est pas la première fois que l’entreprise américaine alerte sur la toxicité du réseau social. En mars 2022, l’entreprise NewsGuard avait publié sur son site un compte rendu sur les « contenus faux et trompeurs » que véhiculait la plateforme chinoise sur la guerre en Ukraine. Moins de quarante minutes, c’est le temps de navigation sur TikTok qu’il suffit d’effectuer lors de sa première connexion pour se retrouver confronté à des vidéos drôles mettant en scène le président Poutine ou encore des scènes de guerre choquantes.

A la suite du rapport de NewsGuard, les porte-paroles de TikTok affirmaient qu’ils continuaient « d’aborder la question de la guerre en Ukraine avec des équipes de sécurité renforcées afin de supprimer toute désinformation nuisible ».

Pourtant, en juin 2022, les colporteurs de fake news se sont emparés sans grande difficulté d’une nouvelle actualité brûlante : la restriction du droit à l’avortement aux Etats-Unis. Les vidéos pro-avortement ont fusé sur TikTok. Elles faisaient des centaines de milliers de vues. « Les aliments qui peuvent provoquer une fausse couche ! » ; « À TOUS LES PORTEURS D’UTÉRUS conservez pour un thé si vs avez besoin d’av0rter: tanaisie, thuya, huile de carthame … »

Alors qu’un intérêt renouvelé pour l’avortement se manifeste actuellement aux États-Unis à la suite de la décision de la Cour Suprême de juin de revenir sur l’arrêt Roe v. Wade de 1973, qui régit le droit à l’avortement, TikTok avait promis de lutter contre les contenus qui font la promotion de recettes factices à base de plantes pour provoquer un avortement. Le 19 juillet, une analyse de NewsGuard identifient 102 vidéos d’avortement à base de plantes encore en circulation sur TikTok.

« Notre règlement indique clairement que nous ne permettons pas la désinformation nocive, y compris la désinformation médicale et nous retirons de la plateforme les contenus qui en relèvent », a réagi un porte parole de l’application qui estime que la méthodologie de la nouvelle étude de NewsGuard présente des défauts car elle tire des conclusions à partir de recherches limitées.

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Source: cerfia.fr