Fraude fiscale : la famille Trump dans la pétrin

Donald Trump et trois de ses enfants sont poursuivis pour fraude fiscale dans l’État de New York, a annoncé mercredi la procureure générale de cet État.

« Nous intentons une action en justice contre Donald Trump pour avoir violé la loi (…) afin de générer des profits pour lui-même, sa famille et son entreprise », a déclaré Letitia James, procureure générale de l’Etat de New York, à l’issue d’une enquête de plus de trois ans et un mois après l’audition de l’ancien président républicain par ses services.

La procureure générale estime que la Trump Organization, qui gère des immeubles, des hôtels et des golfs, a surévalué la valeur de certains de ses biens afin d’obtenir des prêts bancaires plus élevés, et à des taux plus rémunérateurs, des contrats d’assurance plus intéressants financièrement, ou des avantages fiscaux. Elle réclame 250 millions de dollars (250 millions d’euros) de réparations au nom de l’Etat de New York et des interdictions de diriger des sociétés pour Donald Trump et trois de ses enfants : Donald Trump Jr, Ivanka Trump et Eric Trump.

L’ex-président des Etats-Unis a très vite réagi sur Truth Social, le réseau social d’ultradroite lancé en février : il a dénoncé une « nouvelle chasse aux sorcières », référence historique à la lutte ultra-violente du sénateur républicain McCarthy contre les communistes pendant la Guerre Froide. L’ancien locataire de la Maison Blanche a  accusé la procureure Letitia James qui est démocrate d’intentions politiques : « Je n’ai jamais pensé que cette affaire serait portée devant les tribunaux, jusqu’à ce que je voie ses très mauvais sondages ». Quant à la Trump Organization, elle juge infondées les accusations portées contre elle.

Trump, un « menteur« , un « raciste » et un « escroc » (Michael Cohen)

L’enquête au civil contre le groupe familial avait été ouverte à la suite du témoignage explosif, en mars 2019 au Congrès, à Washington, de Michael Cohen, l’un des anciens avocats personnels de Donald Trump. Dans le cadre de son audition par la commission d’enquête de la Chambre des représentants en 2019, le juriste s’était adonné à une série de révélations compromettantes à l’égard du milliardaire pour lequel il a travaillé durant dix ans.

M. Cohen a notamment affirmé que son patron était informé des fuites de documents, organisées par WikiLeaks, supposées salir son adversaire, Hillary Clinton. La question demeure de savoir s’il les a lui-même sollicitées. De même, M. Cohen a reconnu avoir menti sur le calendrier des discussions autour de la construction d’une tour Trump en Russie, qui se sont poursuivies alors que M. Trump était déjà candidat. En revanche, il a refusé de confirmer une « collusion » de M. Trump avec la Russie pour battre son adversaire, ajoutant toutefois avoir des « soupçons ».

Mais l’ex-avocat s’est surtout attaché à dépeindre le milliardaire sous les traits d’un opportuniste sans scrupule, prêt à tout et entouré de fidèles « enivrés » par sa personnalité. « M. Trump est une énigme. Il a de bons et de mauvais côtés, mais les mauvais surpassent les bons et, depuis qu’il est en fonctions, il est devenu la pire version de lui-même. »

Bras de fer avec la Justice

L’étau se resserre de plus en plus sur l’ancien président républicain qui se livre à un bras de fer avec le FBI et le ministère de la Justice depuis l’été 2022.

Le 8 août dernier, le FBI avait perquisitionné Mar-a-Lago, la résidence de Donald Trump en Floride, et saisi des cartons de documents confidentiels que le républicain n’avait pas rendus après avoir quitté la Maison Blanche, malgré de multiples demandes. Les enquêteurs fédéraux soupçonnent le Républicain d’avoir ainsi violé une loi américaine sur l’espionnage qui encadre très strictement la détention de documents confidentiels. Donald Trump a assuré que ces documents avaient été déclassifiés.

Le ministère américain de la Justice a fait partiellement appel vendredi 16 septembre de la décision d’une juge fédérale autorisant la nomination d’un expert indépendant pour passer en revue les documents saisis par le FBI lors d’une perquisition chez Donald Trump, demandant que l’enquête se poursuive autour des documents catégorisés comme classifiés.

Les enquêteurs fédéraux sont empêchés depuis la semaine dernière d’examiner des milliers de documents saisis le 8 août au domicile de l’ex-président, après la décision d’une juge de nommer un arbitre indépendant pour ce faire, comme le souhaitent les avocats de Donald Trump. Le ministère de la Justice a fait valoir vendredi soir que la juge Aileen Cannon « avait commis une erreur fondamentale en nommant un expert indépendant » et en décidant de cette injonction, mais a limité son appel à « la centaine de documents portant la mention (“classifié”) » récupérés dans la propriété de Donald Trump.

Le fait de retarder les investigations autour des documents classifiés, qui sont la propriété du gouvernement selon le ministère, « entrave les efforts du gouvernement pour assurer la sécurité de la nation », a affirmé le ministère de la Justice. « Cela cause également un préjudice irréparable au gouvernement en bloquant des étapes critiques d’une enquête criminelle en cours et en imposant inutilement la divulgation de documents hautement sensibles, y compris aux avocats du plaignant », a ajouté l’institution.

« Les dossiers noirs de Trump » (Yvonnick Denoël)

Le « système Trump » qui fait donc l’objet de multiples accusations a notamment été analysé par l’historien Yvonnick Denoël qui a rassemblé plusieurs enquêtes, tentant de percer l’écran de fumée de la Trump Organization dans un ouvrage paru en 2017 Les dossiers noirs de Trump. Dans son introduction, Yvonnick Denoël se défend de tout « moralisme » et dit vouloir plutôt repérer quelles sont les « bombes à retardement de la présidence Trump ». La pièce de résistance de ce recueil est une enquête du New Yorker qui démontre à quel point Trump ne craint pas de faire des affaires avec les pires associés.

Le livre permet de s’approcher du président, de mieux connaître ses méthodes, qui sont à la fois brouillonnes et très claires : l’instinct prime dans le seul but d’assouvir sa cupidité. Ce style est né dans les années 1970, lorsque le sulfureux avocat Roy Cohn prend le jeune promoteur immobilier sous son aile et comme client.

La réputation de Cohn était déjà bien établie : son nom faisait trembler New York. Roy Cohn a débuté à bonne école, si l’on peut dire, puisqu’il est un ancien protégé de Joseph McCarthy, sénateur de triste mémoire qui mena à Washington la chasse aux sorcières anticommuniste dans les années 1950. Roy Cohn le quitte en 1954 et devient avocat. Il représente certains des plus grands mafieux de l’époque. Cet homme, retors devant le tribunal, charmant en privé, dispose ainsi d’un riche réseau qu’il mettra au profit de Trump.

Ses contacts présumés avec Cosa Nostra (mafia sicilienne) permettront au promoteur immobilier de construire ses tours en employant des sans-papiers sous-payés sans craindre d’être ennuyé par les syndicats qui sont à la botte de la mafia. C’est également lui qui en 1979 présenta à Trump Roger Stone, un lobbyiste républicain de sombre réputation.

 

Donald Trump qui envisage ouvertement de se représenter à la présidentielle de 2024, est aussi visé par des enquêtes sur ses efforts pour renverser les résultats de l’élection présidentielle de 2020 perdue contre Joe Biden et sur son rôle dans l’assaut de ses partisans contre le Capitole, à Washington, le 6 janvier 2021. Il n’est pour l’instant pas poursuivi pénalement dans ces autres affaires.

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Source: cerfia.fr