Crise énergétique : le retour au distanciel dans les facs ?

Alors que la rentrée universitaire débute à peine, les facs qui subiront comme tout le monde les conséquences de la crise énergétique s’inquiètent déjà des températures hivernales.

« Nous évaluons le surcoût énergétique à 100 millions d’euros pour l’ensemble des universités cette année. Sachant que l’addition est plus salée si l’université est une passoire énergétique et possède des laboratoires de recherche avec beaucoup de matériel », explique Manuel Tunon de Lara, président de France universités. Afin de limiter les dépenses énergétiques, les universités françaises envisagent des mesures économiques drastiques dont la fermeture des établissements et le retour au distanciel. Une décision qui inquiète particulièrement les syndicats étudiants, encore marqués par la succession de confinements et de cours en visios.

À la question du Figaro.fr « faut-il fermer temporairement les universités pour faire des économies d’énergie cet hiver ? »  78% d’étudiants ont répondu « non » contre 21% qui ont répondu « oui ». Tout est dit : une majorité d’étudiants restent traumatisés par les années COVID. «Les étudiants sont hostiles à un retour au distanciel. Ils ont peur d’être de nouveau confrontés à un échec scolaire ou à des troubles psychologiques. Ils ne sont pas faits pour rester chez eux toute la journée», indique Rémy Perrad, délégué national de l’Union nationale inter-universitaire (UNI). Avant d’ajouter : «Les étudiants n’ont pas à payer les mauvais choix du gouvernement et la crise internationale, ainsi que les mauvais choix budgétaires de l’université».

L’université de Strasbourg a annoncé lundi son intention de fermer ses portes deux semaines cet hiver. « Une troisième semaine de congés de Noël début janvier et une semaine complète de cours en distanciel en février » vont être mises en place, a détaillé Michel Deneken, le président de l’université, dans une vidéo publiée sur YouTube. Une décision déjà dénoncé par les syndicats d’enseignants et qui fait bondir Imane Ouelhadj. La présidente de l’Unef craint que l’initiative strasbourgeoise ne fasse tache d’huile : « On peut redouter que d’autres universités décident des périodes de distanciel pour faire des économies. Et on n’est pas à l’abri que la fermeture de l’université de Strasbourg se prolonge au-delà des deux semaines » avertit-elle.

Des mesures alternatives ?

Pour éviter de fermer, certaines facs ont déjà réfléchi à d’autres moyens d’économiser l’énergie : installer des thermostats comme l’université de Bordeaux qui devrait « faire baisser les consommation de fioul de 5 à 7% » selon Dean Lewis, le président de l’université, placer les périodes de stages en hiver et non pas au printemps, pour que les étudiants soient moins là durant les périodes froides, à l’instar de l’université de Rouen. L’université Bretagne-Sud (UBS) va de son côté revoir les horaires d’éclairage de ses espaces extérieurs et ceux de chauffage de certains bâtiments. « Il est aussi indispensable que les établissements installent des compteurs électriques dans chaque bâtiment pour savoir où il faut agir en priorité », déclare Manuel Tunon de Lara.

Même si la facture énergétique pourrait « augmenter d’environ 600% » à Nanterre selon Philippe Gervais-Lambony, le président de l’université, il assure que l’équipe de direction fera tout pour éviter les cours en distanciel. «Fermer l’université pendant une semaine ou deux ne nous sortirait pas de cette situation à ce stade, surtout que cela risquerait de décaler le calendrier universitaire et les partiels.» affirme-t-il.

L’université francilienne Gustave-Eiffel est aussi en pleine réflexion. « Nous sommes obligés d’y songer, puisque nous savons que nos charges vont plus que doubler», confie Sandrine Witeska, directrice de la communication de l’université. Pour l’établissement, « le plus important est d’assurer une continuité pédagogique des étudiants». Ainsi, l’enseignement à distance n’est pas forcément privilégié pour l’instant. «Renvoyer les étudiants chez eux conduirait à déplacer le problème et à voir les factures des jeunes augmenter pendant que les nôtres baisseront. Et en fermant l’université, nos laboratoires de recherche devraient cesser, et ce pour une durée indéfinie.»

Une demande de rallonge budgétaire d’urgence

Tous les regards se tournent vers le ministère de l’Enseignement, à qui l’on demande une rallonge budgétaire d’urgence. Une réunion avec les présidents d’universités était prévue ce mercredi à ce sujet. « Il ne faut pas autoriser les universités à présenter un budget en déficit, mais que le ministère de l’Enseignement supérieur leur accorde une rallonge budgétaire », insiste Anne Roger, enseignante-chercheuse à Lyon.

Une supplique entendue par Sylvie Retailleau : « Nous allons accompagner nos établissements », a-t-elle déclaré mardi sur Franceinfo. La ministre de l’Enseignement supérieur a fait part de sa désapprobation par rapport à ces mesures d’économies drastiques : « Ça ne doit pas pénaliser les enseignements. On sort de périodes de Covid-19. On doit garder ces enseignements fortement en présentiel « . Mais sans plus de précisions.

Des mesures sont aussi réclamées à plus long terme : « Il faut accélérer les travaux de rénovation énergétique », insiste Imane Ouelhadj. Certaines facs ont d’ailleurs déjà commencé. A l’instar de l’UBS, qui a investi 10 millions d’euros dans la réhabilitation énergétique de son patrimoine. Ce qui devrait lui permettre à terme de voir baisser sa facture énergétique de 20%.

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Source: cerfia.fr