Braquages de banque au Liban : la crise financière s’enlise

Vendredi, le Liban qui cumule les situations de crise depuis 2019 a vu une partie de sa population se soulever contre les restrictions bancaires qui empêchent les épargnants d’avoir librement accès à leur compte.

Vendredi matin, dans la banlieue sud de Beyrouth, un jeune homme armé d’un pistolet factice retire une somme de 20 000 dollars d’une guichet. Au même moment, à Ghazieh, un père et son fils font irruption dans la Byblos Bank et menacent les employés de la banque pour obtenir 19 000 dollars en cash.

A Beyrouth, un commerçant endetté s’enferme dans la Blom Bank avec des policiers en affirmant qu’il compte rester dans la banque jusqu’à obtention de son argent. Dans le quartier voisin de Ramlet Al-Bayda, un homme armé d’un fusil de chasse prend d’assaut la Lebanon and Gulf Bank et réclame 15 000 dollars pour sa famille. Dans la ville de Chhim, un militaire à la retraite retient en otage six personnes pour récupérer 25 000 dollars. 

Sept braquages de banque en moins de 48 heures. Dont cinq durant la seule journée du vendredi 16 septembre. Ce ne sont pas des membres d’organisation mafieuses. Ce sont des hommes et des femmes désespérées, qui tentent de retirer leurs propres économies au sein des établissements. Ils ont tous été interpellés par les forces de l’ordre. 

La crise financière s’enlise

Depuis 2019, début de la crise financière inédite qui paralyse le pays, les banques limitent les retraits de leurs clients, désireux de récupérer leur épargne, en particulier en devises étrangères et notamment en dollars. Non seulement l’accès à cet argent est limité, faute de liquidités, mais ces retraits ne peuvent s’effectuer qu’en livres libanaises, la monnaie nationale, qui a perdu plus de 90% de sa valeur sur le marché en trois ans.

A la crise financière qui s’enlise, s’ajoutent l’arrivée massive de réfugiés syriens, la crise COVID et l’explosion du port de Beyrouth en août 2020. La mauvaise gestion par le gouvernement libanais de ces crises successives dresse le portrait de ce qu’appelle Olivier de Schutter, rapporteur spécial des Nations Unies, un Etat « en train d’échouer ». Selon les chiffres de la Banque mondiale, entre 2018 et 2020, la chute de 40% du produit intérieur brut par habitant est susceptible de placer le naufrage du pays dans « le top 3 des pires crises économiques au monde depuis 1850 ». 

Une catastrophe humanitaire

Une crise économique qui, conjuguée aux autres crises, plonge le Liban dans une situation de catastrophe humanitaire avec 80 % de la population libanaise qui vit actuellement sous le seuil de pauvreté. « Nous sommes en train de mourir doucement. Ils nous tuent petit à petit. » dénonçait Sali Hafez au micro de Franceinfo. Cette architecte d’intérieur de 28 ans a fait le buzz sur les réseaux sociaux après avoir fait irruption dans une agence de la Blom Bank mercredi dernier. Elle avait besoin d’accéder à ses fonds afin de payer le traitement de sa soeur, Nancy, malade d’un cancer. 

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Ce genre d’initiatives n’est pas inédit. Au printemps 2021 déjà, plusieurs centaines d’actions avaient été intentées contre des établissements financiers libanais, devant des magistrats du pays. Ces démarches avaient été lancées par des déposants furieux de ne plus pouvoir accéder aux dollars qu’ils ont confiés à leurs banques. Derrière des cas médiatiques se trouvaient des centaines d’anonymes qui, parce qu’ils ne parvenaient déjà pas à récupérer quelques dizaines ou centaines de milliers de dollars, assignaient leur banque devant la justice.

Actions/ réactions

Face à la multiplication de ces incidents, le ministre de l’Intérieur, Bassam Mawlawi, a tenu vendredi une réunion d’urgence « pour prendre les mesures sécuritaires nécessaires ». « Réclamer ses droits de cette manière (…) peut nuire au système et faire perdre leurs droits au reste des épargnants« , a-t-il averti. L’association des banques du pays a, quant à elle, ordonné la fermeture de tous les établissements pendant trois jours du 19 au 25 septembre.

Malgré les mesures punitives prises par les pouvoirs politiques et financiers, les auteurs de ces actions illégales bénéficient du soutien d’une partie de la population, selon L’Orient le Jour. « Ça m’est égal cette idée de chaos, c’est leur propre argent qu’ils retirent, et puis ils sont inoffensifs » a commenté une Libanaise dans les pages du quotidien francophone. 

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Source: cerfia.fr