Boris Johnson de plus en plus fragilisé

Après des démissions en cascade, une confiance réduite de la part des Britanniques, l’avenir du Premier ministre au 10 Downing Street est en jeu.

Boris Johnson, alias « BoJo » vit-il ses dernières heures en tant que Premier ministre ? C’est du moins la question que l’on peut se poser quand on voit la véritable crise politique que traverse le gouvernement depuis des semaines. Hier soir, peu après 18 heures (heure locale), Sajid Javid le ministre de la Santé annonce sa démission dans une lettre qu’il a posté sur Twitter. « Ce fut un immense privilège de servir le pays dans ce rôle, mais je regrette de ne pouvoir continuer en bonne conscience » a-t-il déclaré. « Il se peut que nous n’ayons pas été populaires, mais nous avons été compétents dans l’action pour l’intérêt de la nation. Malheureusement, compte tenu des circonstances actuelles, la population en tire la conclusion que nous ne sommes ni populaires, ni compétents. Le vote de défiance du mois dernier a montré qu’un grand nombre de nos collègues étaient du même avis » a-t-il ajouté dans sa lettre.

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Quelques minutes plus tard, à 18h11, c’est au tour du chancelier de l’Echiquier (équivalent du ministre des Finances en France), Rishi Shunak, d’annoncer sa démission lui aussi dans une lettre postée sur Twitter. « Le public attend du gouvernement qu’il se conduise correctement, de manière compétente et sérieuse » peut-on lire dans sa lettre. Le départ de ces deux poids lourds du gouvernement porte une sérieuse atteinte à la survie de Boris Johnson en tant que Premier ministre.

Johnson suspendu à un fil

En date de la rédaction de cet article, ce sont 17 membres du gouvernement qui ont remis leur démission. Mais ces départs en cascade ne sont qu’une partie de la crise que traverse le Premier ministre depuis des mois, remettant fortement en cause sa légitimité et son image. Fin novembre 2021, le peuple britannique est sous le choc lorsqu’est révélée la première partie du « partygate », accusant Boris Johnson d’avoir organisé trois rassemblements, un an auparavant, alors que Londres était sous restrictions Covid – dont le confinement.

Depuis, d’autres preuves ont vu le jour, comme cette photo prise le 13 novembre 2020 sur laquelle on voit le Premier ministre entouré de députés, portant un toast. Ou comme ce mail – révélé en janvier dernier – dans lequel le secrétaire privé de M. Johnson, Martin Reynolds, aurait invité cent personnes à une fête à Downing Street. Le Premier ministre s’est alors justifié en parlant d’une « réunion de travail ».

Au sein des Tories (membres du parti conservateur emmené par le Premier ministre), l’image se dégrade. En mai 2022, le député Neil Parish démissionne de son mandat après avoir été mis en cause pour manquement aux règles déontologiques de la Chambre des communes. Ce dernier a admis avoir regardé du contenu pornographique en séance à la Chambre des communes.

Neil Parish, agriculteur de métier, aurait « accidentellement » regardé une vidéo pornographique en recherchant des tracteurs sur Internet. Une excuse qui passe mal au sein du Parlement, alors même qu’après cette accusation il aurait regardé du contenu X « de manière délibérée ». Le 17 mai, c’est un véritable coup de massue qui s’abat sur le parti, alors qu’un député conservateur est arrêté pour suspicion de viol et d’agressions sexuelles s’étendant sur sept ans.

Chris Pincher, whip en chef adjoint – le whip est la personne chargée de veiller à ce que les élus de son parti soient présents et votent en fonction des consignes du parti – démissionne de son poste après avoir été accusé d’attouchements et de « conduite inappropriée en état d’ébriété » par deux hommes au Carlton Club de Piccadilly. Le premier ministre a affirmé ces derniers jours qu’il n’était au courant d’aucune « allégation précise », mais est revenu sur son argument en disant qu’il les avait « oubliées ». Hier soir, Boris Johnson s’est dit « désolé » pour « l’erreur qu’[il a] faite » en nommant Chris Pincher à son gouvernement. « Il n’y a pas de place dans ce gouvernement pour des personnes qui abusent de leur position de pouvoir » a-t-il ajouté.

Quel avenir pour le Premier ministre ?

Le dirigeant de l’opposition, Keir Starmer, est monté au créneau hier soir en critiquant le parti Conservateur. « Le parti Tory est corrompu et changer une seule personne n’y fera rien ». Et d’ajouter, « seul un réel changement du gouvernement britannique peut donner au pays le nouveau départ dont il a besoin », gouvernement qui « s’effondre » selon M. Starmer.

Un récent sondage de YouGov, 69% de la population est favorable à la démission de Boris Johnson de son poste de Premier ministre, tandis que 47% d’entre eux pensent qu’il ne démissionnera probablement pas. Cet écart entre ces deux questions, Boris Johnson l’a pourtant commenté hier, en insistant « qu’[il] ne quittera pas » son poste. A l’heure actuelle, 80 députés conservateurs ont exprimé publiquement qu’ils n’ont plus confiance en Boris Johnson. Avant le vote de défiance – « vote of no confidence » – ils étaient 35.

Le Premier ministre va aujourd’hui faire face à l’opposition et à ses propres alliés, qui souhaitent désormais son départ, lors de l’hebdomadaire « Question Hour » au Parlement. Le très conservateur quotidien britannique The Times précise qu’aujourd’hui, « Johnson va se battre pour son avenir politique heure par heure ». Si ce dernier reste encore le Premier ministre, des noms commencent déjà à sortir en ce qui concerne son ou sa successeur. Parmi eux, Rishi Sunak, Ben Wallace ou encore Liz Truss.

Nicola Sturgeon, la Première ministre de l’Ecosse et chef de file du Parti national écossais, a déclaré hier : « on dirait que la fin est proche pour Johnson », et d’ajouter – non sans un ton incisif – que « tout le lot pourri doit partir ». Ce matin sur la chaîne Sky News, l’ancien procureur général Dominic Grieve a déclaré que si M. Johnson « reste au pouvoir, le parti conservateur sera détruit par sa faute ».

« Honte à vous ! »

A midi pile, heure locale, Boris Johnson entre dans une Chambre des communes bondée, sous une salve de « Bouhh ! » et de « Honte à vous ! » de la part de l’opposition, mais aussi de la part des députés de son propre parti. Le Premier ministre prend la parole et déclare : « Aujourd’hui est un grand jour ! », suivis de rires et d’applaudissements de la part de l’opposition – s’attendent-ils à sa démission ? Pour M. Johnson, l’ordre du jour est plus clair : adopter le projet de loi des « tax cuts ». Autrement dit, une réduction des impôts de £330.

Boris Johnson s'exprime pendant la « Question Hour » face aux députés. Capture d'écran YouTube
Boris Johnson s’exprime pendant la « Question Hour » face aux députés. Capture d’écran YouTube.

Le Premier ministre se rattrape en évoquant le coup d’envoi de l’Euro féminin ce soir, avec le match Angleterre – Autriche. Peut-être un moyen pour lui de se mettre la Chambre de son côté ? Keir Starmer, leader de l’opposition, entame la « Question Hour » en affirmant que « ce parti corrompu défend l’indéfendable », en référence au cas Pincher. M. Jonhson réplique : « la différence entre ce gouvernement et l’opposition est que nous avons un plan, pas eux ». Et d’ajouter, « le travail d’un Premier ministre dans des circonstances difficiles quand on lui confie un mandat colossal, c’est de continuer et c’est ce que je vais faire » 

Keir Starmer face à Boris Johnson dans la Chambre des communes
Keir Starmer face au Premier ministre Boris Johnson ce mardi. Capture d’écran YouTube.

Un député lance : « combien de temps ça va prendre avant qu’il ne prenne son stylo et qu’il écrive sa propre lettre de démission ? ». Une député travailliste ajoute : « même s’il part, ce n’est pas un « si » mais plutôt un « quand », n’est-ce pas ? »

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Source: cerfia.fr