Adieu Camaïeu !

À la suite d’une mise en liquidation judiciaire, la marque de vêtements ferme définitivement ses portes.

« Chère cliente, nous sommes momentanément contraints de stopper les commandes pour garantir une qualité de service suffisante, veuillez-nous en excuser », affiche Camaieu sur un bandeau sur son site internet.

En réalité, les commandes internet ont été suspendues depuis la semaine dernière par la marque, en attendant de connaître la décision du tribunal de commerce de Lille ce mercredi. Et sans faute, dans la soirée du 28 septembre, la sentence est tombée.

Le Covid, premier responsable

L’enseigne a basculé après un arrêt de la Cour de cassation imposant fin juin aux commerçants de régler les loyers impayés lors de la période Covid. Leur montant s’élèvait à 70 millions d’euros sur un total de 240 millions de dettes, a indiqué l’actionnaire de l’enseigne, M. Hubner, à la tête du groupe d’investissement Hermion People and Brands (HPB).

En reprenant 511 des 634 magasins de la marque en France et quelque 2 600 salariés sur plus de 3 100, HPB s’était donné en 2020 deux ans pour remettre à l’équilibre l’enseigne roubaisienne, fondée en 1984. Un total de 79,2 millions d’euros était nécessaire, selon HPB, sur les huit prochains mois pour assurer entre autres les achats de la saison automne-hiver et préparer la collection de printemps.

L’actionnaire espérait gagner un peu de temps pour relancer son enseigne, chahutée par la crise sanitaire et une coûteuse cyberattaque. Il s’était dit prêt, tout comme la Région Hauts-de-France, à injecter plus d’argent pour éviter la liquidation, mais à condition que l’État apporte lui aussi son soutien financier.

HPB avait indiqué lundi avoir demandé une avance de 48 millions d’euros à l’État, mais Bercy avait jugé que cette demande n’était pas « réaliste », l’État ne pouvant « en aucun cas se substituer aux actionnaires ».

M. Hubner semblait encore croire mercredi à une issue favorable pour l’enseigne, placée en redressement judiciaire le 1er août dernier. Le plan présenté au tribunal aurait permis de limiter la casse, avec 500 emplois supprimés.

2 600 emplois supprimés

Ce ne sont finalement pas 500 employés mais bien 2 600 qui vont se retrouver au chômage à partir du samedi 1er septembre, date de fermeture définitive de l’enseigne de prêt-à-porter féminin.

Une cinquantaine de salariés, beaucoup revêtus de gilets CGT et CFDT, s’étaient réunis devant le tribunal juste avant l’audience pour accueillir les représentants de l’actionnaire aux cris de « Honte à vous, fossoyeurs de Camaïeu ».

Tous les journaux locaux en parlent. Dans le Lot, on titre « Le magasin Camaïeu de Cahors ferme ses portes ce samedi« . A Saint-Malo, on évoquent les clients qui « affluent en magasin« . Dans le Loir-et-Cher, il est question des « 4 boutiques Camaïeu » qui mettent définitivement la clé sous la porte. En Île-de-France, ce sont « 40 boutiques qui se retrouvent sur la sellette« .

« C’est dur. La marque Camaïeu existe depuis 38 ans, et là, tout s’est fait en un mois et demi« , déplore Chérifa Boumediène auprès du journal ActuLot. Responsable du magasin cadurcien depuis 2017, elle est rentrée dans la boutique quelques semaines après son ouverture, il y a 13 ans en tant que stagiaire et a gravi peu à peu les échelons. Pour elle comme pour ses collègues, c’est un coup très dur, d’autant qu’elles ont appris la fermeture officielle le jour de la mise en liquidation judiciaire.

Adieu Camaïeu !

Trois jours de liquidation ont été accordés par le tribunal de commerce de Lille afin d’écouler au maximum les stocks avant la fermeture définitive.

Avant son placement en liquidation judiciaire, la chaîne de magasin avait accéléré ses offres commerciales pour engendrer un maximum de chiffres d’affaire avant la décision du tribunal  : son offre « Les Jours Camaieu » qui donne droit à des réductions allant jusqu’à -40 % sur une sélection d’articles en magasin, était active depuis le 23 septembre en magasin. La marque perpétue ses promos jusqu’à la fin.

Réductions en plus ou pas, certaines clientes fidèles devraient aller faire, une dernière fois, leurs emplettes. « Quand j’ai appris la liquidation, j’ai décidé de venir express en sortant du boulot pour acheter des produits que j’aime bien, pour moi et des amies. Je pense que je reviendrai d’ici samedi », confiait à un journaliste de La Voix du Nord Sarah, 29 ans, rencontrée dans une des boutiques de la métropole lilloise ce mercredi.

Ce jeudi matin, des clientes attendaient déjà, avant l’ouverture, devant la boutique de Bruay pour « faire le plein avant de ne plus pouvoir ».

Actuellement, il y a les « Jours Camaïeu », avec des promotions, « mais nous espérons qu’un geste supplémentaire pourra être fait de la part de la Direction Nationale. Nous voulons faire plaisir à nos clientes, car elles le méritent vraiment« , conclut Chérifa Boumediène.

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Source: cerfia.fr